COHEN (L.)


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COHEN LEONARD (1934- )

En 1968, la photo sépia d’un visage grave attire les clients dans les magasins de disques. Cette photo orne une pochette de disque d’un noir sévère où on lit tout simplement: Songs of Leonard Cohen . Ce disque, le premier d’un poète et romancier canadien, sort à un moment où la musique de rock est dans sa deuxième période — celle de la diversification. Bob Dylan, les Beatles, les Rolling Stones sont en train de forger une musique nouvelle qui brise les barrières entre la musique «sérieuse» et celle dite légère.

Ce disque de Leonard Cohen détonne par l’apparente simplicité du son — voix et guitare acoustique — et par ses chansons qui sont manifestement des poèmes mis en musique. Le texte frappe par la profondeur et la maturité de l’observation des rapports humains; Cohen, il est vrai, a trente-quatre ans et a déjà derrière lui une longue carrière de poète et de romancier. Il a publié plusieurs recueils: Let us Compare Mythologies (1956), The Spice-Box of Earth (1961), Flowers for Hitler (1964) et Parasites of Heaven (1966), et deux romans: The Favourite Game (1963) et Beautiful Losers (1966).

Né dans une famille juive, aisée, de Montréal, Cohen trace dans son premier roman (autobiographique?) l’éducation sentimentale et culturelle d’un jeune homme de la génération d’après-guerre qui cherche à se définir par rapport aux femmes qu’il rencontre et par rapport au monde en changement des années soixante. Le «jeu favori» (The Favourite Game ) est un jeu d’enfant où les traces des corps tombés dans la neige fraîche laissent une empreinte dont la beauté et la fragilité représentent un thème qu’on retrouve dans ses poèmes et dans ses chansons: la nature éphémère des émotions, la mouvance des situations, la nécessité de les accepter comme telles pour vivre.

Dans Beautiful Losers , Cohen évoque le personnage de Catherine Tekakwitha, sainte iroquoise du XVIIe siècle. À travers la réalité et le mythe de la sainte, c’est encore une recherche de sa propre identité qu’il entreprend. Le roman est sensuel, drôle, et l’exploration de l’inconscient conduit à la folie. Il assimile les Iroquois aux anciens Grecs d’Athènes, et la Grèce est un pays où il va vivre une grande partie de sa vie et où il va écrire beaucoup de ses poèmes et chansons. En 1966, il commence à mettre ses poèmes en musique, et les versions de ses chansons — enregistrées par d’autres, notamment la version de Suzanne de Judy Collins — l’incitent à enregistrer lui-même un disque.

Songs of Leonard Cohen connaît un succès immédiat. Les chansons sont belles, graves, intelligentes. Un seul sentiment envahit tout le disque — l’acceptation quasi résignée d’une conception de l’amour en tant que prison dans laquelle on ne peut que se laisser enfermer. Des chansons comme Suzanne et The Stranger Song nous parlent dans un langage intense où on trouve à la fois les mots du quotidien et la structure formelle de la poésie. Songs from a Room (1969) se situe dans la même veine, et le succès qu’il rencontre alors amène Cohen à entreprendre des concerts en public. Il fait des tournées aux États-Unis et en Europe, mais la vie d’une vedette du spectacle paraît correspondre mal à son caractère d’écrivain introverti. En 1971, Songs of Love and Hate ne rencontre qu’un succès modéré.

À partir de ce moment, ses enregistrements se font plus rares. En 1973, il sort Live Songs , un disque de ses chansons enregistrées en public, mais vieux déjà de deux ans. En 1974 paraît New Skin for the Old Ceremony , de nouvelles chansons où on trouve une orchestration plus complexe et, en 1978, Death of a Lady’s Man . Ce disque, produit par Phil Spector — célèbre producteur de musique noire des années soixante-dix — a un son encore plus riche et surchargé qui laisse perplexes ceux qui ont connu ses premiers disques. En 1979, avec Recent Songs , Cohen retrouve l’inspiration musicale de ses premiers disques mais innove cependant dans l’accompagnement, pour lequel il utilise le violon tzigane. En 1980, paraît un nouveau recueil de poèmes, intitulé — comme le disque de 1978 — Death of a Lady’s Man . Après un long silence, d’autres disques suivent: Various Positions (1984), I’m your man (1988), The Future (1992), où la voix de Leonard Cohen continue d’imposer sa présence magique et un peu obsédante.

Le grand public connaît surtout le chanteur, mais ses romans et ses poésies sont importants, et à découvrir. On y trouve une écriture mordante et surtout un humour sensuel qui manquent parfois à ses disques. L’œuvre de Cohen se situe au lieu d’interaction de la fiction, de la poésie et de la musique (on en trouve une bonne illustration dans la façon dont le cinéaste Robert Altman utilise ses chansons dans McCabe and Mrs. Miller ). Son apport à la musique rock est d’abord sa langue simple, précise, déconcertante, mais aussi sa vision et sa maturité d’écrivain et de poète.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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